Edmond ROSTAND
Il n'est pas du pays. D'où peut-il être ?... d'où ?
On ne sait pas. C'est un mystérieux bonhomme.
Sur le bord du chemin parfois il fait un somme.
Il porte un vieux chapeau qui paraît être, comme
Ceux que portent les champignons, en amadou.
Eut-il un nom ? Lequel ? On l'ignore. On le nomme
Le Mendiant Fleuri. C'est tout.
Il a cette folie, il a cette jolie
Folie : il se fleurit. Il se déguise en Mai.
Son chapeau d'amadou porte un phlox pour plumet.
Dès qu'il découvre un trou dans sa veste, il y met
Du lilas, un pavot. Si c'est une folie,
Cet affreux vagabond des routes se permet
La même que vous, Ophélie !
Cet homme a des crocus aux plis de ses lambeaux
Comme les champs en ont aux creux de leurs ornières ;
A ses poches il a des touffes printanières
Comme les bois en ont aux seuils de leurs tanières.
Au lieu des vieux boutons de corne, il a, plus beaux,
Des boutons d'or. Au lieu des pailles coutumières,
Il a du thym dans ses sabots.
Il reprise sa cape en ajonc qui s'accroche ;
Reborde un vieux revers avec des serpolets ;
Pique de la tremblette aux fentes des ourlets ;
Enrichit de bleuets roses et violets
Sa pauvre barbe dont le chanvre s'effiloche ;
Puis, fume, luxueux, parmi tous ces bleuets,
Une pipe d'aristoloche !
Qu'il est beau quand il va de maison en maison,
Chamarré d'herbe-aux-gueux, d'airelle et de spargoute !
La flore du moment sur lui frissonne toute.
Qu'il est beau quand il passe, en fleurs, et qu'il s'ajoute,
Comme un calendrier vivant, à l'horizon !
De sorte qu'il suffit de le voir sur la route
Pour savoir qu'elle est la saison !
Il réussit parfois des toilettes charmantes.
Je lui connus un col d'aspérule, un camail
De scabieuse ayant un chardon pour fermail.
Qu'il est beau quand il va de portail en portail,
Et que, chargé de coquelourdes et de menthes,
On le voit, rouge et vert comme un saint de vitrail,
Passer dans les herbes fumantes !
Ô bizarre bonhomme, ô vagabond falot,
Misère dont toujours embaumait le passage,
Vieillesse où le muguet attachait un grelot,
Ô Mendiant Fleuri, gueux parfumé, fou, sage !
Brave pauvre, qui, loin d'être un pauvre honteux,
Marques la déchirure, avec une jonquille,
On t'est reconnaissant, presque, d'être boiteux,
Tant la guirlande est belle autour de ta béquille !
Cynique éblouissant, héroïque et finaud,
Je ne saurais assez préférer, quand j'y pense,
Tes courageuses fleurs au facile tonneau,
Diogène charmant de nos routes de France !
Inconscient donneur d'une grande leçon,
Merci, fou gracieux, poète et philosophe,
D'oser, sous le soleil, enseigner la façon
D'accommoder de fleurs les restes de l'étoffe !
Il nous apprend, ton humble et rustique talent,
Ce qu'on peut faire avec quelques fleurs, quelques-unes !
Alors pourquoi traîner sa vie en étalant
Des misères, des trous, des tares, des lacunes ?
Pourquoi ne pas avoir un iris au chapeau
Qu'on tend vers le passant - ou qu'on tend vers la gloire ?
Ah ! Mendiant Fleuri, quand rentre le troupeau,
Ils font bien, les bergers, de te verser à boire !
Que ton moyen me plaît ! Tous mes accrocs d'hier
Vont aujourd'hui, du moins, servir à quelque chose.
Si tu fais le faraud, moi, je ferai le fier.
Ton gilet a son lys ? Mon cœur aura sa rose !
J'ai compris qu'il ne faut, qu'on ne peut, qu'on ne doit
Présenter au prochain nulle image cruelle,
Puisqu'on n'a qu'à rouvrir sa blessure du doigt
Pour y mettre la fleur qui va la rendre belle !
Bonhomme, j'ai compris qu'il faut être coquet
De sa blessure, au lieu d'en être malade.
Et que même, parfois, pour y mettre un bouquet,
Il convient d'élargir la simple estafilade.
On n'a plus peur de rien lorsqu'on prend ce parti :
Et l'on acquiert bientôt la grâce, et la manière
D'être reconnaissant au buisson qui, gentil,
Pour la fleur qu'il vous tend, vous fait la boutonnière !
Dès qu'on est décousu par un poignard nouveau,
Il faut en profiter pour se fleurir encore !
Plus on est malheureux, plus on doit être beau !
Faisons tous nos malheurs en corolles éclore !
Servons-nous du malheur. - Un jour, un jardinier
M'a dit cette parole ingénue et profonde :
"Si Job avait planté des fleurs sur son fumier,
Il aurait eu les fleurs les plus belles du monde !"
Edmond Rostand (1868-1918) - Les Musardises (1890
victor hugo
« … Et nous recommencions nos jeux, cueillant par gerbe
Les fleurs, tous les bouquets qui réjouissent l’herbe,
Le lys à Dieu pareil,
Surtout à ces fleurs de flamme et d’or qu’on voit, si belles,
Luire à terre en avril comme des étincelles
Qui tombent du soleil ! »
Textes du jour de la blog-woman, phrases : colonne vertébrale, contes, légendes, mots d'humeurs, d'amour, lettres à la mer, recherche de connivence, complicité, ses dessins, ...la jazzeuse des grands chemins et sentes, écrivaine nomade des murmures de la vie intérieure et des happening minimalistes nés au hasard d'un banc public dans un parc aromatique , un abri bus , un train , un marché, les pas perdus d'un aérogare tous les lieux insolites pour une rencontre.
Affichage des articles dont le libellé est La dune du Pillat à travers les mimosas en fleur. Afficher tous les articles
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dimanche 15 janvier 2012
mardi 9 juin 2009
Pour toutes ses mères vaillantes
Hanaëel et Pélagie chantent et rient dans le salon.
Sur la terrasse donnant sur le bassin, elle se balance royale dans le rocking chair. Elle contemple la dune du Pillat à travers les mimosas en fleur.
Il est là à la Villa, le sourire ’émail diamant, sa gueule de Paul Newman et sa carrure Kevin Cosner.
Il a un bouquet de 13 roses baccaras .Il connaissait la Villa par cœur. Il a l’œil qui rode sur l’ancien territoire.
Lui
Je passai par là.
Sur la terrasse donnant sur le bassin, elle se balance royale dans le rocking chair. Elle contemple la dune du Pillat à travers les mimosas en fleur.
Il est là à la Villa, le sourire ’émail diamant, sa gueule de Paul Newman et sa carrure Kevin Cosner.
Il a un bouquet de 13 roses baccaras .Il connaissait la Villa par cœur. Il a l’œil qui rode sur l’ancien territoire.
Lui
Je passai par là.
Il lui tend le bouquet de roses. Elle ne bouge pas.
Lui
C’est pour toi. J’ai eu besoin de te demander pardon.
Elle continue son balancement avec application. Son regard ne quitte pas la dune, c’est comme si ce qui se passait devant elle n’existait pas. Il pose les roses sur la table à manger. Il observe la table. Il l’avait poncé et peinte avec du vernis marin. Elle est dans le même état à part de ci de la quelques couleurs de peinture. De l’huile, de l’acrylique se demande –t-il ?
Lui
Ces bruits d’enfants ?
Elle
Après un temps.
Je rends service à une copine.
Elle se lève, va au salon :
Les filles , je suis en rendez-vous sur la terrasse, appelez-moi par mon prénom. C’est un jeu. Nous irons à l’île aux oiseaux demain . . .
Hanaëel et Pélagie :
En chœur
Chouette, chouette , chouette Charlotte !
Charlotte avait rêvé mille fois à cet instant, elle avait imaginé des solutions miraculeuses, il est là , lui face à elle : elle se rendait compte que derrière la même beauté, le froid de son œil n’avait pas changé , bleu : le reflet du ciel dans le glacier du Vignemal à midi. Elle entendait encore descendre les escaliers de bois de son duplex , juste après le secret de son accident de montagne.
Comment il avait pu trouvé la réplique.. . . . . . Réplique parfaite de celui qui cherche à déboîter de tous ses engagements en sautant sur une occasion, il l’avait attendu même, si l’aveu était un point de réel insymbolisable.
Lui
Comment va ta mère ?
Charlotte
Toujours aussi attentif !
Lors d’un rare appel, je t’ai dit qu’elle n’est plus !
Hanaëel et Pélagie déboulent sur la terrasse, curieuses de la visite.
Hanaëel et Pélagie :
Charlotte ! Est-ce que l’on peut prendre notre quatre heures ?
Il dévisage les deux pompettes qui font des mimiques de diablesses.
Hanaëel
Avec une référence
Bonjour, Monsieur !
Pélagie
Plus réservée
Bonjour , monsieur.
Qui n’a pas rêvé, plus charmant face à face ? Est-ce l’heure ? Elle reprend son balancement.
Charlotte
Vous connaissez les armoires maintenant, faites comme chez vous ! Allez les puces, que çà sautent !
Lui
Tu sais, . . . je me suis dit avec le temps, que nous pourrions être amants, maintenant .
Charlotte
Peut-on être amant quand on a été si prés, ta mariée ?
Lui
Silence
Charlotte
Je t’ai connu plus prompt en réplique !
Hum !
Franchement ?
Elle doit le mettre dehors. . . Bien sur, elle peut prétexter un rendez-vous, devoir rapporter les petites, mais elle est là à prendre sa glue, à revoir et ressentir les différents passages de ses ignominies .
Elle ne lui avait jamais dit qu’elle n’avait pas fait la faiseuse d’anges et qu’elles étaient des jumelles.
Elle aimerait trouver comme lui, après l’aveu de son . . . , l’occasion de lui dire . . . . Elle prend des risques. Si l’une se tape quelque part et laisse échapper Maman. Quel foin il va lui battre ? Ce n’est pas en ce moment dans leurs intérêts ! De plus , il ne lui a pas fait par amour mais par calcul , . . .
Coincée elle l’est , mais sans le packaging.
Elle se balançait toujours sur le même rythme comme sa mère, sa futur belle mère à qui elle ressemblait comme deux gouttes d’eau, la BettesWhite Man mais « mon petit, mettez de l’eau dans votre vin , faites comme moi avec son père ».
Lui cogitait.
Lui
Alors, c’est oui ou non ?
. . .
Charlotte :
Les phrases qui se présentent ne peuvent être énoncées, son père lui a toujours dit de tourner sa langue 7 fois dans sa bouche avant de parler, c’est la première fois qu’elle appliquait et comprenait l’intérêt de cette phrase. Merci PaPa.
Lui
Avec toi , je serai restée un artiste, j’ai tout mis à la poubelle avec ma femme mais j’ai tout ce que je n’aurai pu avoir avec toi, la maison immense dans la forêt de pins, le bateau, les trois enfants , des vacances chaque année dans les îles de Sumatra, la Réunion …
Les filles reviennent les doigts plein de Nutella et chacune prend une main du Monsieur , salient son tailleur bleu ciel au frôlage.
Hanaëel et Pélagie :
C’est bon ! Charlotte t’a assez vu, tu vois pas qu’elle est pas dans son assiette avec toi ! Tu n’ ressembles pas aux genres de ses amis.
Lui
Quelles pestes les enfants de ta copine !
Charlotte
Hanaëel et Pélagie ont raison . Partez, je vous prie Monsieur, j’aurai du vous le dire plus tôt !
Hanaëel et Pélagie :
Nous vous raccompagnons !
Elles le dirigent vers la porte arrière de la maison. Il n’y a que les amis qui passent pas la voie de la plage et peuvent se mêler au paysage de la dune du Pilla, à travers les mimosas en fleurs. Les petites éclatent de rire à leur retour.
Hanaëel et Pélagie
Quelle peste !
Rires
Les enfants
rires rires rires
de ta copine !
rires rires rires
rires rires rires .
Il revient, prend les roses baccaras.
Lui
J’ai oublié.
Hanaëel
Oh ! Le vilain !
Pélagie
Radin ! Notre mère, elle dit comme çà
Des gens comme toi !
Hanaëel
En gloussant
Toi tu manges ton caca deux fois !
Pélagie
Ce qui est donné n’est pas repris !
Hanaëel
Allez ! Allez ! Tu t’en remettras, tu es si riche !
Pélagie
Tu vas pas en crever !
Charlotte
Osant le ton
Les filles, c’est bon !
Hanaëel et Pélagie
Tu sais bien qu’on est tes petites boules !
Lui
Des pitboules, oui !
Il jette les fleurs sur la terrasse.
On entend le bruit du moteur de la voiture , la voiture recule, le bruit du moteur disparaît.
Charlotte
Les roses sont à vous, sont à vous !
Pélagie
Prend le bouquet
Choisis en une !
Charlotte exécute. Elle est callée au fond du rocking chair, elle respire profondément, elle prie, elle est clouée, hébétée.
Les petites prennent un vase à fleur unique et mette la rose au bain d’eau fraîche et sur la table de la terrasse . Elles prennent leur manteau, une poussette de leur poupée mettent le bouquet dedans et à tour de rôle, elle tire la poussette vers la plage et celle à l’arrière éparpille les pétales rouges sur le sable au milieu des pourpiers de dune. Elles chantent :
On veut des roses blanches pour notre jolie maman ….
Elle qui les aime tant…
Charlotte est comme dans un film de Kurosawa, le geste appliqué de ses semeuses comme la femme du dictionnaire Larousse, le chant se mélange à celui des oiseaux, elle va vite tout à coup, prendre un saladier, des œufs, de la farine et toujours se baignant dans ce grand paysage qu’Hanaëel et Pélagie peignent pour elles, pour Elle. Des crêpes, elle leur détrempe.
Charlotte
Ah ! Ses petites mères !
Charlotte repense à son ami Olivier qui lui disait : « nous devrions faire un film comme Jean Jacques Annaud a fait « L’ ours » ce sens de l’observation et montrer combien les enfants savent tout, avant 6 ans après il leur faut la vie pour réapprendre. Filmer cela . »
Pélagie et Hannëel !
Maman ! Tu nous prépares des crêpes !
Chouette !
Elles se logent dans les bras et sur les genoux de Charlotte, elles regardent leur dessin.
Hannaëel
Un jour, papa arrivera par la plage,
Pélagie
Nous lui avons dessiné le chemin de la Villa
Le rouge, c’est pour l’amour
Hum maman !
Hannaëel
Hum ! Maman il t’a beaucoup aimé papa !
Charlotte
Oui, beaucoup !
Papa est parti faire un grand voyage,
il adore faire de la plongée sous marine
il va loin très loin , toujours très loin
un jour, il est remonté du fond de la mer,
il a tout oublié.
Qui il était, qui il aimait
comment il aimait .
Si la mémoire lui revient, si l’amour lui revient,. . . ?
Oui ! vous avez raison ,
c’est le chemin de la mer qu’il prendra.
Il vous reconnaîtra en un clin d’œil.
C’est pas encore pour aujourd’hui.
Ariane, la voisine : la parisienne en vacances, de sa villa à vue sur le tableau des baccaras dans la dune.
Ariane
Charlotte, un jour tes filles viendront jouer au théâtre du Soleil
ces petites mères sont déjà des artistes !
Ephémère : la trace d’un serpent de sable sur la dune.
Je m’invite à manger les crêpes.
J’aime prendre le temps de la conversation avec vous.
Frankie Pain Atelier Foranim O. Apert et N. H
Et l'atelier des EstherELLES
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