Le rêve
du bossu Pongo
C’était un pongo, un esclave,
un perdu de Dieu, un bossu. Son maître était un grand seigneur, ventre
abondant, bottes sonnantes et fouet aux lanières ferrées. Du perron de sa
résidence à la frontière de ses champs, trois jours de cheval, pour le moins.
Impitoyable avec ses gens, toujours à leur crier dessus, l’œil gourmand et la
pogne prompte à déjuponner ses négresses, à ses pieds, toujours, son Pongo.
- Viens là, mon chien. A
quatre pattes. Maintenant fais le beau. Aboie.
C’était au bossu qu’il
parlait, et le bossu obéissait, sinon son maître menaçait d’abattre son poing
sur son crâne.
- A ta niche !
Et l’homme trottait, se
hâtait avant que le fouet n’arrache un lambeau de sa bosse. Il couchait sous un
escalier, dans les ordures ménagères. Il ne pouvait rien que subir.
Vint un soir de mauvais
hiver. Tous les serviteurs assemblés récitaient leur Ave Maria, le front bas devant leur patron affalé dans sa chaise
longue. Sa main flattait distraitement l’échine bossue du Pongo accroupi là,
contre ses bottes. Il marmonna l’ainsi-soit-il. Un bref silence le suivit.
C’est alors qu’aux pieds de son maître l’esclave dit :
- J’ai fait un rêve.
Tout le monde le regarda. Le
seigneur eut un bref hoquet, partit d’un rire fracassant et s’exclama :
- Voilà qu’il parle ! Il
n’aboie pas, ce bon Pongo, avez-vous entendu ? Il parle !
- Dans mon rêve nous étions
morts, moi votre esclave et vous mon maître.
- Qu’est-ce qu’il
raconte ? J’étais mort ? Que tu crèves, toi, c’est normal, mais moi,
voyons, c’est impossible !
Il rit encore énormément.
Comme les serviteurs s’apprêtaient prudemment à retourner à leur ouvrage :
- Restez, vous autres.
Ecoutez-le. Raconte ton rêve, bossu.
- Nous étions tout nus, vous
et moi, et devant nous était saint Pierre. Vous le regardiez droit aux yeux, en
homme puissant que vous êtes.
- Et toi ?
- Je crois que je tremblais,
comme d’habitude, mon maître.
- C’est très bien, Pongo,
continue.
- Saint Pierre a fait un
petit signe. Alors un ange est apparu. Il était beau, à votre image, et
lumineux comme un soleil. Il portait une coupe d’or. Elle débordait d’un miel
si doux, si parfumé, si délicat que j’en ai presque aimé la vie.
« Compagnon, lui a dit saint Pierre, enduis le corps de ce monsieur.
- Ce monsieur, bien sûr,
c’était moi.
- C’était vous, mon maître.
Qui d’autre ? L’ange vous a couvert de miel, devant, derrière, bras et
jambes. Vous étiez comme un roi céleste, ainsi doré de haut en bas.
- Pour ce rêve-là, mon Pongo,
tu auras tout à l’heure un sucre. Ensuite, que s’est-il passé ?
- Saint Pierre a fait encore
un signe. Un autre ange est venu vers moi. Il était triste, maigrichon. Il
portait un bidon de merde. Il me l’a renversé dessus. Il m’a vêtu du crâne aux
pieds de puanteur abominable.
Le maître rit à perdre
souffle.
- C’est tout ? dit-il.
- Presque, seigneur. Le grand
saint Pierre nous a mis face à face dans sa lumière. Il nous a dit :
« Et maintenant, que justice de Dieu soit faite. Jusqu’au fond de la fin
des temps, léchez-vous l’un l’autre, mes fils ».
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(Henri Gougaud, Le livre des
chemins)
L'artiste Paul Mc Carthy, porté par son inspiration scatologique ou son attirance pour le "caca boudin", nous a pondu ce bel
étron artistique, "Complex shit", une merde géante gonflable exposée à Berne,
sensée
s'envoler au gré des vents suisses ...Je ne sais pas ce qu'ont pensé
les contribuables bernois de cette belle oeuvre incarnant la nouvelle
esthétique contemporaine ! D'ailleurs, ce nouvel "art
merdique" n'est pas à son premier coup d'essai, puisque l'artiste
italien Piero Manzoni
avait eu la fulgurante idée, après un bon cassoulet, de mettre sa merde en boîte, et d'intitulé son oeuvre, "Merde d'artiste":
Cette nouvelle esthétique "merdique"
illustre bien les dérives d'un certain art contemporain, avec son
cortège d'adorateurs friqués qui veulent nous faire prendre
des "vessies pour des lanternes" ou de la merde pour des chefs d'oeuvre ! A côté de cette matière fécale, les cochons de Jeff Koons,
très bon vendredi et bonne lectuire du conte et à demain pour Armarita instantanés






