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vendredi 1 février 2013

vendredi conte . Un rêve.

Le rêve du bossu Pongo

C’était un pongo, un esclave, un perdu de Dieu, un bossu. Son maître était un grand seigneur, ventre abondant, bottes sonnantes et fouet aux lanières ferrées. Du perron de sa résidence à la frontière de ses champs, trois jours de cheval, pour le moins. Impitoyable avec ses gens, toujours à leur crier dessus, l’œil gourmand et la pogne prompte à déjuponner ses négresses, à ses pieds, toujours, son Pongo.
- Viens là, mon chien. A quatre pattes. Maintenant fais le beau. Aboie.
C’était au bossu qu’il parlait, et le bossu obéissait, sinon son maître menaçait d’abattre son poing sur son crâne.
- A ta niche !

Et l’homme trottait, se hâtait avant que le fouet n’arrache un lambeau de sa bosse. Il couchait sous un escalier, dans les ordures ménagères. Il ne pouvait rien que subir.

Vint un soir de mauvais hiver. Tous les serviteurs assemblés récitaient leur Ave Maria, le front bas devant leur patron affalé dans sa chaise longue. Sa main flattait distraitement l’échine bossue du Pongo accroupi là, contre ses bottes. Il marmonna l’ainsi-soit-il. Un bref silence le suivit. C’est alors qu’aux pieds de son maître l’esclave dit :
- J’ai fait un rêve.
Tout le monde le regarda. Le seigneur eut un bref hoquet, partit d’un rire fracassant et s’exclama :
- Voilà qu’il parle ! Il n’aboie pas, ce bon Pongo, avez-vous entendu ? Il parle !
- Dans mon rêve nous étions morts, moi votre esclave et vous mon maître.
- Qu’est-ce qu’il raconte ? J’étais mort ? Que tu crèves, toi, c’est normal, mais moi, voyons, c’est impossible !





Il rit encore énormément. Comme les serviteurs s’apprêtaient prudemment à retourner à leur ouvrage :
- Restez, vous autres. Ecoutez-le. Raconte ton rêve, bossu.
- Nous étions tout nus, vous et moi, et devant nous était saint Pierre. Vous le regardiez droit aux yeux, en homme puissant que vous êtes.
- Et toi ?
- Je crois que je tremblais, comme d’habitude, mon maître.
- C’est très bien, Pongo, continue.
- Saint Pierre a fait un petit signe. Alors un ange est apparu. Il était beau, à votre image, et lumineux comme un soleil. Il portait une coupe d’or. Elle débordait d’un miel si doux, si parfumé, si délicat que j’en ai presque aimé la vie. « Compagnon, lui a dit saint Pierre, enduis le corps de ce monsieur.




- Ce monsieur, bien sûr, c’était moi.
- C’était vous, mon maître. Qui d’autre ? L’ange vous a couvert de miel, devant, derrière, bras et jambes. Vous étiez comme un roi céleste, ainsi doré de haut en bas.
- Pour ce rêve-là, mon Pongo, tu auras tout à l’heure un sucre. Ensuite, que s’est-il passé ?
- Saint Pierre a fait encore un signe. Un autre ange est venu vers moi. Il était triste, maigrichon. Il portait un bidon de merde. Il me l’a renversé dessus. Il m’a vêtu du crâne aux pieds de puanteur abominable.
Le maître rit à perdre souffle.
- C’est tout ? dit-il.
- Presque, seigneur. Le grand saint Pierre nous a mis face à face dans sa lumière. Il nous a dit : « Et maintenant, que justice de Dieu soit faite. Jusqu’au fond de la fin des temps, léchez-vous l’un l’autre, mes fils ».




(Henri Gougaud, Le livre des chemins)



 L'artiste Paul Mc Carthy, porté par son inspiration scatologique ou son attirance pour le "caca boudin", nous a pondu ce bel étron artistique, "Complex shit", une merde géante gonflable exposée à Berne, sensée s'envoler au gré des vents suisses ...Je ne sais pas ce qu'ont pensé les contribuables bernois de cette belle oeuvre incarnant la nouvelle esthétique contemporaine ! D'ailleurs, ce nouvel "art merdique" n'est pas à son premier coup d'essai, puisque l'artiste italien Piero Manzoni avait eu la fulgurante idée, après un bon cassoulet, de mettre sa merde en boîte, et d'intitulé son oeuvre, "Merde d'artiste":


 Cette nouvelle esthétique "merdique" illustre bien les dérives d'un certain art contemporain, avec son cortège d'adorateurs friqués qui veulent nous faire prendre des "vessies pour des lanternes" ou de la merde pour des chefs d'oeuvre ! A côté de cette matière fécale, les cochons de Jeff Koons,


très bon vendredi et bonne lectuire du conte et à demain pour Armarita instantanés

mercredi 21 novembre 2012

chronique du conte de frankie



  



avec une amie  que j'estime beaucoup , ces derniers jours nous avons travaillé sur un point  de vie  très "jumellaire" dans un  traumatisme très spécifique que l'on rencontre souvent dans les constellation familiale  et en cherchant le conte pour cette fin de semaine ,  sur l'arbre aux deux branches a montré sa frimousse 

ce conte  récolté ....
voici la version d’Henri Gougaud , il est venu sur ma route , je le partage avec vous.

Quand je travaillais avec lui à "l'atelier de la parole "  : en atelier Henri G. disait qu'un conte était un peu un ami qui venait se posait sur ton épaule pour être lu ou raconté ,   il me fut fort à propos,
 alors qu'il le soit aussi pour vous
ou partageons simplement  ce bon moment comme une mignardise que l'on mange sans faim mais qui nous ouvre l'appétit et  nous abreuve comme un bon thé à la menthe sous le palmiers de l' oasis..;
bonne lecture Frankie


L’arbre aux deux branches
Sur la place d’un village dans le sud de l’Inde, il y avait un arbre prodigieux. N’allez pas imaginer un arbre de cent mètres de haut. Cet arbre n’a que deux branches…Deux belles branches charpentières, comme deux bras ouverts, comme une invitation à la vie.
Plus personne ne connaît son âge dans le village. On se dit parfois qu’il est peut-être aussi vieux que la terre.
Les villageois ressentent une véritable adoration pour l’arbre qui trône sur leur place. Ils lui attribuent même certains pouvoirs. Les femmes et les hommes viennent auprès de lui pour obtenir des réponses à des questions importantes.
Au pied de l’arbre on trouve des offrandes de toutes sortes: guirlandes de fleurs, friandises, objets insolites… en remerciement pour tous les vœux exaucés.
C’est le lieu de tous les rendez-vous: Les oiseaux de passage, les enfants, les amoureux…
Sur ces deux branches, l’arbre donne des fruits sublimes, gros comme des papayes, dorés comme des mangues, juteux comme des ananas. Pourtant personne n’ose manger ces fruits, ni même les goûter.
Quand parfois un voyageur de passage s’approche d’un peu trop près de l’arbre, on vient lui annoncer cette étrange et vieille vérité. Sur une de ces deux branches, l’arbre donne des fruits empoisonnés qui donne la mort en quelques secondes, en quelques minutes à peine, à celui qui par mégarde ne peut résister à la tentation. Les fruits sur les deux branches se ressemblent parfaitement.
Une branche donne la vie, l’autre donne la mort.
La droite ou la gauche?
Or les villageois ont oublié depuis bien longtemps de quel côté sont les bons fruits et de quel côté sont les fruits empoisonnés…..

Cette année- là, un printemps très sec, suivi d’un été trop chaud assèche la terre. La nature a soif, les arbres ont soif, les animaux ont soif, les points d’eaux se font de plus en plus rares. La région est touchée par la sécheresse. Les récoltes ont été désastreuses. Les réserves se sont vite épuisées. La sécheresse est associée à une famine. Les villageois ont faim. Seul l’arbre, sur la place du village reste imperturbable tel un patriarche, avec toujours autant de fruits sur ses deux branches que d’étoiles dans le ciel.

Les villageois affamés tournent autour de l’arbre. Ils ont redoublé de prières et d’offrandes. Ils ont interrogé le feuillage mais ils n’ont pas eu de réponse. Personne n’ose risquer de perdre la vie en choisissant un fruit sur une des deux branches. Pourtant, un jeune homme va prendre le risque, courageux et héroïque, pour aider ses amis à traverser cette période difficile. Tout le village est rassemblé en cercle autour de lui. Il se dirige vers l’arbre, vers la branche de droite. Il choisit un fruit, ferme les yeux, le porte à la bouche. Le fruit est délicieux.

Aussitôt les villageois se précipitent vers l’arbre et se gorgent de ces fruits sublimes qui comme par miracle repoussent aussitôt, dès qu’ils sont cueillis. Ils font la fête pendant plusieurs jours. Puis ils commencent à regarder la branche de gauche avec un air de défi, un air de provocation. Ils se souviennent de leur peur et comment à cause d’elle, comme ils ont eu peur comme ils ont failli mourir de faim. Ils finissent par se dire que cette branche est nuisible, maléfique… il faut s’en débarrasser. La décision est prise à l’unanimité.
Les villageois scient la branche à ras du tronc avec une joie vengeresse.
Le lendemain les fruits de la branche de droite sont tous en train de pourrir par terre dans la poussière. L’arbre, amputé d’une de ses branches, n’offre plus au soleil du matin que des feuilles racornies. Les oiseaux le fuient. L’écorce se dessèche.
L’arbre est mort.
L’arbre est mort.
L’arbre est mort. « L’arbre d’amour et de sagesse » H.Gougaud





tcho bon jeudi