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dimanche 6 octobre 2013

Crevaille



Unique endroit la table pour parler avec eux.

Madame est en pâmoison à manger son assiette débordante de salade.

J’ me suis servie minimale quitte à me resservir plus tard.

Monsieur m’arrache quasiment le saladier des mains : « tu t’es servie ? »

- oui !

Monsieur se sert comme un fermier fatigué remplit à foison le foin frais pour la mangeoire. L’ombre à midi,  il l’a inventé : « voyez l’auréole de verdure en suspend de la nappe ».

Parler à table : méprise.

Bélier, « Bélière »  broutent déglutissent.

En angle à ce triangle, je joue de la fourchette-couteau les brindilles  sur pièce de service de porcelaine fine.

J’ai une faim d’alpiniste qui est restée trois jours dans une crevasse au Vignemal.

J’ai horreur des personnes qui m’affament.

La Dame lance une conversation. Monsieur lui ronge le début de la phrase et lui finit tout en continuant à mâcher la salade. Quelle vue panoramique sur le Puy de Dôme :ratiches premier plan, dentier qui se recale, alouette carminée, postillon de pelouse.

Sa dame doucettement : « tu pourrais  me laisser finir mes phrases ».

Je ne tente pas une phrase, totalement hystérique quand on me la coupe. Limitons le carnage.

Mes mandibules « zinguent ». Signe rare en ma personne.

Comment satisfaire mes petites : babines et papilles ?


Lui l’ogre de Perrault bouffant ses fils transformés par Ovide en extraterrestre de verdure.

Ma  faim s’amplifie : rage, mes nasaux fument.

Ca broute, çà broute à ma gauche , à ma face, je tourne le dos au vrai paysage : ligne de crêtes basques aux fermes rouges et blanches.

Le deuxième passage du saladier : « no man s’land ».

Alors je vais au saladier tel La Gardére se rendait à ceux qui lui résistaient.

Une discrète prise de judo à Monsieur immobilise le bras : çà fournit une dose de douleur suffisamment insupportable pour focaliser son attention qu’à son olécrâne (le coude).De sa salade de côté, tant mendiée, je bourre Monsieur à satiété et accélérateur d’électrons de ma poigne hardie et conquérante.

Enfin d’autres bruits : toux, « érectations ».Je fends la bise, le blizard, le mistral, je pousse , bourre jusqu’auboutisme la bout en train de ce duo.



Quelques soubresauts. La tête dans l’assiette Monsieur.

La femme tellement habituée à s’abstraire de sa vie : « c’est pas malin depuis le temps que je te le dis de ne pas parler en mangeant. »

Si nous passions aux truites  à la Navarra , je lui tiendrai au chaud.
 enveloppée de jambon de Bayonne la truite navarraise

Donne moi dont sa part, il est gueudé (gavé en Charentais)

Elle : Tu te rappelles le temps du Cahier Vert ?

-         Ah ! «  Les parleuses » de Duras.

Eclats de rires

Elle : fais gaffe aux arrêtes maintenant.

Françoise Pain La Mangou



exercice de style



Sous  la  direction  de  j.  D.