Unique
endroit la table pour parler avec eux.
Madame
est en pâmoison à manger son assiette débordante de salade.
J’
me suis servie minimale quitte à me resservir plus tard.
Monsieur
m’arrache quasiment le saladier des mains : « tu t’es
servie ? »
Monsieur
se sert comme un fermier fatigué remplit à foison le foin frais pour la
mangeoire. L’ombre à midi, il l’a
inventé : « voyez l’auréole de verdure en suspend de la nappe ».
Parler
à table : méprise.
Bélier,
« Bélière » broutent déglutissent.
En
angle à ce triangle, je joue de la fourchette-couteau les brindilles sur pièce de service de porcelaine fine.
J’ai
une faim d’alpiniste qui est restée trois jours dans une crevasse au Vignemal.
J’ai
horreur des personnes qui m’affament.
La Dame lance une conversation.
Monsieur lui ronge le début de la phrase et lui finit tout en continuant à
mâcher la salade. Quelle vue panoramique sur le Puy de Dôme :ratiches
premier plan, dentier qui se recale, alouette carminée, postillon de pelouse.
Sa
dame doucettement : « tu pourrais me laisser finir mes phrases ».
Je
ne tente pas une phrase, totalement hystérique quand on me la coupe. Limitons
le carnage.
Mes
mandibules « zinguent ». Signe rare en ma personne.
Lui
l’ogre de Perrault bouffant ses fils transformés par Ovide en extraterrestre de
verdure.
Ma faim s’amplifie : rage, mes nasaux
fument.
Ca
broute, çà broute à ma gauche , à ma face, je tourne le dos au vrai
paysage : ligne de crêtes basques aux fermes rouges et blanches.
Alors
je vais au saladier tel La
Gardére se rendait à ceux qui lui résistaient.
Une
discrète prise de judo à Monsieur immobilise le bras : çà fournit une dose
de douleur suffisamment insupportable pour focaliser son attention qu’à son
olécrâne (le coude).De sa salade de
côté, tant mendiée, je bourre Monsieur à satiété et accélérateur d’électrons de
ma poigne hardie et conquérante.
Enfin
d’autres bruits : toux, « érectations ».Je fends la bise, le
blizard, le mistral, je pousse , bourre jusqu’auboutisme la bout en train de ce
duo.
Quelques
soubresauts. La tête dans l’assiette Monsieur.
La
femme tellement habituée à s’abstraire de sa vie : « c’est pas
malin depuis le temps que je te le dis de ne pas parler en mangeant. »
Si
nous passions aux truites à la Navarra , je lui tiendrai
au chaud.
enveloppée de jambon de Bayonne la truite navarraise
Donne
moi dont sa part, il est gueudé (gavé en
Charentais)
Elle : Tu te rappelles le
temps du Cahier Vert ?
-
Ah ! «
Les parleuses » de Duras.
Eclats de rires
Elle :
fais gaffe aux arrêtes maintenant.
Françoise Pain La Mangou
exercice de style
Sous la
direction de j.
D.






