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dimanche 20 mai 2018

le visage nuptial






 photo frankie


Couché en terre de douleur,
mordus des grillons, des enfants,
tombés de soliel vieillissants
doux fruits de Brémonde.


ton naufrage n'a rien laissé
qu'un gouvernail pour notre coeur,
un rocher creux pour notre peur,
O Buoux, barque malraitée!




Tels des mélézes grandissants,
au dessus des conjurations
vous étes le calque du vent,
mes jours murailles d'incendie




c'était prés.en pays heureux.
Elevant la plainte en délice,
je frottais le trait de ses hanches
contre le ergots de ses branches,
Romarin landes butinées.

René char
Alberto Giacometti
le visage nuptial 

Cordialement F Päin

mercredi 19 mars 2014

Ponctuée en poésie ce milieu de semaine : j'ai chois René Char

A cette amie qui a choisi de me perdre ,
 à toutes les graines d'amitié
 d'amour en devenir, 
à la tristesse  le lange de la joie à venir,
 aux larmes baignoire à l'advenir , 
 soleil  réchauffe ma peau 
 dans ta morsure,  tendre brûlure
 te cries à ta façon :  "lève toi , 
la route  commence malgré le poids des ans,
  accomplis chaque instant ."

Je ris ma mère buvait un château de grand cru
 en  y le rinçant à l'eau,
  Il en va du vin comme des personnes :
 René Char dit  l'essentiel en toute manière ,
à lui cher , chair poéte.
FFPLM



« Un poète doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font rêver ». (La Parole en archipel)



…..

À l’image de son auteur, qui fut un grand résistant, on est devant une poésie qui résiste, qui se conquiert et se gagne, comme une Terre Promise à qui veut la mériter. Dans l’un de ses poèmes les plus connus, Le requin et la mouette (1947), Char écrit : « Hier, le requin et la mouette ne communiquaient pas ». Mais pour lui, la poésie a tous les pouvoirs, même celui de permettre la communication entre le requin et la mouette. Sa poésie a l’audace de tous les raccourcis. Elle tient de l’éclair. Elle a la splendeur de l’étoile filante.






Une poésie pleine d’espoir, bien que sans illusion sur les hommes. Une poésie qui désire intensément et interpelle avec force : « À chaque effondrement des preuves, le poète répond par une salve d’avenir » (Seuls demeurent, 1945).


 
pour la mimi nationale et sa secretaire Brunette
 

Redonnez-leur…

Redonnez-leur ce qui n’est plus présent en eux,
Ils reverront le grain de la moisson s’enfermer dans l’épi et s’agiter sur l’herbe.
Apprenez-leur, de la chute à l’essor, les douze mois de leur visage,
Ils chériront le vide de leur cœur jusqu’au désir suivant ;
Car rien ne fait naufrage ou 


ne se plaît aux cendres ;
Et qui sait voir la terre aboutir à des fruits,
Point ne l’émeut l’échec quoiqu’il ait tout perdu.
In Fureur et mystère, Les loyaux adversaires, © La Pléiade, p.242

« Le poète se remarque à la quantité de pages insignifiantes qu’il n’écrit pas », déclare, non sans humour, René Char (À une sérénité crispée). Avec le poème, on passe de l’existence à l’être. Et notre éventuelle difficulté à lire cette poésie est à la mesure de la distance où nous nous trouvons de l’être. C’est une sorte de critère : la poésie de Char n’est opaque qu’à ce qui est opaque en nous. D’où nos difficultés, et non son prétendu hermétisme.

Commune présence

Tu es pressé d’écrire
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S’il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie
La vie inexprimable
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t’unir.
Celle qui t’est refusée chaque jour par les êtres et par les choses
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d’elle tout n’est qu’agonie soumise fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur
Reçois-la comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
En t’inclinant.
Si tu veux rire
Offre ta soumission
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption
Sans égarement.

Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.

In Moulin premier (1936), Dans l’Atelier du poète, coll. Quarto,  © Gallimard, 1996, p. 250-251


Tout est dit en quelques mots dans ce poème : l’impatience du poète. Les trois dimensions de sa poésie, avec sa part de rêve, de révolte et d’engagement. Le défi en face duquel il se trouve : transmettre l’inexprimable. Le double mouvement de destruction et de fécondité. Le tout concernant un être d’exception, capable de rester dans l’ombre.
Par son style profondément original, la violence et l’intensité de ses images, René Char a rénové la poésie moderne. Unanimement reconnu, il demeure l’un des rares auteurs à avoir été publié dans La Pléiade de son vivant.  En 1957, Albert Camus lui rendit hommage à Stockholm,  déclarant que « depuis Apollinaire, il n’y avait pas eu dans la poésie française une révolution comparable à celle qu’a accomplie René Char. »


Sur sa tombe, à l’Isle-sur-la-Sorgue, sont gravés ses propres mots :
« Si nous habitons un éclair, il est au cœur de l’éternité ».
   
                           ****

trés belle journée 
et demain une autre poésie
kiss mache melo kool
Frankie Mappemonde 

mercredi 23 janvier 2013

rené Char fleurs habillées de l'hiver

juste un petit salut du jour


LA BÊTE INNOMMABLE
 
La Bête innommable ferme la marche du gracieux troupeau, comme un cyclope bouffe.
Huit quolibets font sa parure, divisent sa folie. La Bête rote dévotement dans l’air rustique.
Ses flancs bourrés et tombants sont douloureux, vont se vider de leur grossesse.
De son sabot à ses vaines défenses, elle est enveloppée de fétidité.
Ainsi m’apparait dans la frise de Lascaux, mère fantastiquement déguisée,
La Sagesse aux yeux pleins de larmes.

 
René Char, in La Paroi et la Prairie, Ed. G.L.M., 1952.


rené CHAR
Recueil : "Seuls demeurent"

Elle est venue par cette ligne blanche pouvant tout aussi bien signifier l’issue de l’aube que le bougeoir du crépuscule.
Elle passa les grèves machinales;
Elle passa les cimes éventrées.
Prenaient fin la renonciation à visage de lâche , la sainteté du mensonge , l’alcool du bourreau.
Son verbe ne fut pas un aveugle bélier mais la toile où s’inscrivit mon souffle.
D’un pas à ne se mal guider que derrière l’absence, elle est venue , cygne sur la blessure par cette ligne blanche.




Le visage nuptial (1944)

À présent disparais, mon escorte, debout dans la distance;
La douceur du nombre vient de se détruire.
Congé à vous, mes alliés, mes violents, mes indices.
Tout vous entraîne, tristesse obséquieuse.
J'aime.

L'eau est lourde à un jour de la source.
La parcelle vermeille franchit ses lentes branches à ton front,
dimension rassurée.
Et moi semblable à toi,
Avec la paille en fleur au bord du ciel criant ton nom,
J'abats les vestiges,
Atteint, sain de clarté.

Tu rends fraîche la servitude qui se dévore le dos;
Risée de la nuit, arrête ce charroi lugubre
De voix vitreuses, de départs lapidés.

Tôt soustrait au flux des lésions inventives
(La pioche de l'aigle lance haut le sang évasé)
Sur un destin présent j'ai mené mes franchises
Vers l'azur multivalve, la granitique dissidence.

Ô voûte d'effusion sur la couronne de son ventre,
Murmure de dot noire!
Ô mouvement tari de sa diction!
Nativité, guidez les insoumis, qu'ils découvrent leur base,
L'amande croyable au lendemain neuf.
Le soir a fermé sa plaie de corsaire où voyageaient les fusées
vagues parmi la peur soutenue des chiens.
Au passé les micas du deuil sur ton visage.

Vitre inextinguible: mon souffle affleurait déjà l'amitié
de ta blessure,
Armait ta royauté inapparente.
Et des lèvres du brouillard descendit notre plaisir
au seuil de dune, au toit d'acier.
La conscience augmentait l'appareil frémissant deta permanence;
La simplicité fidèle s'étendit partout.

Timbre de la devise matinale, morte saison
de l'étoile précoce,
Je cours au terme de mon cintre, colisée fossoyé.
Assez baisé le crin nubile des céréales:
La cardeuse, l'opiniâtre, nos confins la soumettent.
Assez maudit le havre des simulacres nuptiaux:
Je touche le fond d'un retour compact.
Ruisseaux, neume des morts anfractueux,
Vous qui suivez le ciel aride,
Mêlez votre acheminement aux orages de qui sut guérir
de la désertion,
Donnant contre vos études salubres.
Au sein du toit le pain suffoque à porter coeur et lueur.
Prends, ma Pensée, la fleur de ma main pénétrable,
Sens s'éveiller l'obscure plantation.

Je ne verrai pas tes flancs, ces essaims de faim, se dessécher,
s'emplir de ronces;
Je ne verrai pas l'empuse te succéder dans ta serre;
Je ne verrai pas l'approche des baladins inquiéter
le jour renaissant;
Je ne verrai pas la race de notre liberté servilement se suffire.

Chimères, nous sommes montés au plateau.
Le silex frissonnait sous les sarments de l'espace;
La parole, lasse de défoncer, buvait au débarcadère angélique.
Nulle farouche survivance:
L'horizon des routes jusqu'à l'afflux de rosée,
L'intime dénouement de l'irréparable.

Voici le sable mort, voici le corps sauvé:
La Femme respire, l'Homme se tient debout.

René Char

***

Pyrénées

in "Commune présence"

Montagne des grands abusés,
Au sommet de vos tours fiévreuses
Faiblit la dernière clarté.
Rien que le vide et l'avalanche,
La détresse et le regret!
Tous ces troubadours mal-aimés
Ont vu blanchir dans un été
Leur doux royaume pessimiste.
Ah! la neige est inéxorable
Qui aime qu'on souffre à ses pieds,
Qui veut que l'on meure glacé
Quand on a vécu dans les sables.

René Char

***

Les Inventeurs (1949).

Ils sont venus, les forestiers de l'autre versant, les inconnus de nous, les rebelles à nos usages.
Ils sont venus nombreux.
Leur troupe est apparue à la ligne de partage des cèdres
Et du champ de la vieille moisson désormais irrigué et vert.
La longue marche les avait échauffés.
Leur casquette cassait sur les yeux et leur pied fourbu se posait dans le vague.

Ils nous ont aperçus et se sont arrêtés.
Visiblement ils ne présumaient pas nous trouver là,
Sur des terres faciles et des sillons bien clos,
Tout à fait insouciants d'une audience.
Nous avons levé le front et les avons encouragés.

Le plus disert s'est approché, puis un second tout aussi déraciné et lent.
Nous sommes venus, dirent-ils, vous prévenir de l'arrivée prochaine de l'ouragan,
de votre implacable adversaire.
Pas plus que vous, nous ne le connaissons
Autrement que par des relations et des confidences d'ancêtres.
Mais pourquoi sommes-nous heureux incompréhensiblement devant vous et soudain pareils à des enfants?

Nous avons dit merci et les avons congédiés.
Mais auparavant ils ont bu, et leurs mains tremblaient, et leurs yeux riaient sur les bords.
Hommes d'arbres et de cognée, capables de tenir tête à quelque terreur
mais inaptes à conduire l'eau, à aligner des bâtisses, à les enduire de couleurs plaisantes,
Ils ignoraient le jardin d'hiver et l'économie de la joie.

Certes, nous aurions pu les convaincre et les conquérir,
Car l'angoisse de l'ouragan est émouvante.
Oui, l'ouragan allait bientôt venir;
Mais cela valait-il la peine que l'on en parlât et qu'on dérangeât l'avenir?
Là où nous sommes, il n'y a pas de crainte urgente.

***

Oh la toujours plus rase solitude
Des larmes qui montent aux cimes.

Quand se déclare la débâcle
Et qu'un vieil aigle sans pouvoir
Voit revenir son assurance,
Le bonheur s'élance à son tour,
À flanc d'abîme les rattrape.

Chasseur rival, tu n'as rien appris,
Toi qui sans hâte me dépasses
Dans la mort que je contredis.

René Char

***

Allégeance

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima?

Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L'espace qu'il parcourt est ma fidélité. Il dessine l'espoir et léger l'éconduit. Il est prépondérant sans qu'il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s'inscrit son essor, ma liberté le creuse.

Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n'est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l'aima et l'éclaire de loin pour qu'il ne tombe pas?

René Char
***

J'habite une douleur

Le poème pulvérisé (1945-1947)

Ne laisse pas le soin de gouverner ton coeur à ces tendresses parentes de l'automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie. L'oeil est précoce à se plisser. La souffrance connaît peu de mots. Préfère te coucher sans fardeau: tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger. Tu rêveras que ta maison n'a plus de vitres. Tu es impatient de t'unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit. D'autres chanteront l'incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier. Tu condamneras la gratitude qui se répète. Plus tard, on t'identifiera à quelque géant désagrégé, seigneur de l'impossible.

Pourtant.

Tu n'as fait qu'augmenter le poids de ta nuit. Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été. Tu es furieux contre ton amour au centre d'une entente qui s'affole. Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter. A quand la récolte de l'abîme? Mais tu as crevé les yeux du lion. Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires...

Qu'est-ce qui t'a hissé, une fois encore, un peu plus haut, sans te convaincre?

Il n'y a pas de siège pur.

René Char

 

dimanche 26 août 2012

poésie avec René Char écoutaons chanter les mots bonne semaine de frankie


Le Marteau sans maître, 1934

Commune présence

Tu es pressé d'écrire,
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S'il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi.
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie,
La vie inexprimable,
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
Reçois-là comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride,
En t'inclinant.
Si tu veux rire,
Offre ta soumission,
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption,
Sans égarement.

Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.

René Char

***

Pyrénées

in "Commune présence"

Montagne des grands abusés,
Au sommet de vos tours fiévreuses
Faiblit la dernière clarté.
Rien que le vide et l'avalanche,
La détresse et le regret!
Tous ces troubadours mal-aimés
Ont vu blanchir dans un été
Leur doux royaume pessimiste.
Ah! la neige est inéxorable
Qui aime qu'on souffre à ses pieds,
Qui veut que l'on meure glacé
Quand on a vécu dans les sables.

René Char

***

J'habite une douleur

Le poème pulvérisé (1945-1947)

Ne laisse pas le soin de gouverner ton coeur à ces tendresses parentes de l'automne auquel elles empruntent sa placide allure et son affable agonie. L'oeil est précoce à se plisser. La souffrance connaît peu de mots. Préfère te coucher sans fardeau: tu rêveras du lendemain et ton lit te sera léger. Tu rêveras que ta maison n'a plus de vitres. Tu es impatient de t'unir au vent, au vent qui parcourt une année en une nuit. D'autres chanteront l'incorporation mélodieuse, les chairs qui ne personnifient plus que la sorcellerie du sablier. Tu condamneras la gratitude qui se répète. Plus tard, on t'identifiera à quelque géant désagrégé, seigneur de l'impossible.

Pourtant.

Tu n'as fait qu'augmenter le poids de ta nuit. Tu es retourné à la pêche aux murailles, à la canicule sans été. Tu es furieux contre ton amour au centre d'une entente qui s'affole. Songe à la maison parfaite que tu ne verras jamais monter. A quand la récolte de l'abîme? Mais tu as crevé les yeux du lion. Tu crois voir passer la beauté au-dessus des lavandes noires...

Qu'est-ce qui t'a hissé, une fois encore, un peu plus haut, sans te convaincre?

Il n'y a pas de siège pur.

René Char

 

 

 

un poéme chante ou ne chante pas

 

 

Bourreaux de solitude                                                                                Hangmen of solitude


Le pas s'est éloigné le marcheur s'est tu     - 

   The step has gone away, the     walker has fallen silent

Sur le cadran de l'imitation                                                                                

On the dial of Imitation

Le Balancier lance sa charge de granit réflexe.  

 The Pendulum throws its instinctive load of granite.

 

sel de la splendeur René Char 


  • ·      

    ·         L'artisanat furieux

    La roulotte rouge au bord du clou
    Et cadavre dans le panier
    Et chevaux de labours dans le fer à cheval
    Je rêve la tête sur la pointe de mon couteau le Pérou.

    The furious craftsmanship

    The red caravan on the edge of the nail
    And corpse in the basket
    And plowhorses in the horseshoe
    I dream the head on the point of my knife Peru.

  • Bel édifice et les pressentiments

    J'écoute marcher dans mes jambes
    La mer morte vagues par dessus tête
    Enfant la jetée promenade sauvage
    Homme l'illusion imitée
    Des yeux purs dans les bois
    Cherchent en pleurant la tête habitable.

    Stately building and presentiments

    I hear marching in my legs
    The dead sea waves overhead
    Child the wild seaside pier
    Man the imitated illusion
    Pure eyes in the woods
    Are searching in tears for a habitable head.

    Poèmes extrait du recueil "le marteau sans maître" René Char

dimanche 5 août 2012

poésie pour la beauté d'un repos dominical





 

 

Ces mots ont été cueillis pour deux amis - deux frères- l'un se bat pour deux cancers  et l'autre pour sa famille car une petite fille est en souffrance  un œil en danger par le méchant crabe.


Offrir du jeu  dans leur vie,  par rapport à un réel collant tenace  et virago

bulle d'air pour se poser.


ces phrases les ont aidé, un niama , niama, (un petit rien en OULOF) elles datent d'une semaine la cueillette, les mots ont sonnés dans leur cœur,   alors maintenant je vous l'adresse  




 

René Char - L'esprit souffre (Moulin premier XXIX)

L'esprit souffre, la main se plaint.

L'humour entre eux comme un sextant écorché.

Dans mon pays, les tendres preuves du printemps et les oiseaux mal habillés sont préférés aux buts lointains.

La vérité attend l'aurore à côté d'une bougie. Le verre de fenêtre est négligé. Qu'importe à l'attentif.

Dans mon pays, on ne questionne pas un homme ému.

Il n'y a pas d'ombre maigre sur la barque chavirée.

Bonjour à peine est inconnu dans mon pays.

On n'emprunte que ce qui peut se rendre augmenté

Il y a des feuilles, beaucoup de feuilles sur les arbres de mon pays. Les branches sont libres de ne pas avoir de fruits.

On ne croit pas à la bonne foi du vainqueur.

Dans mon pays, on remercie.


René Char Qu'il vive (1968) (Extrait des Matinaux)

 

j'ai pas noté l'auteur

 

Vivant ne vivant plus
les amants séparés
ne peuvent pas dormir
redisant le nom de l'amour
et de la source inconsolable
                       
Criant ne criant plus
la bouche enfoncée dans la nuit
ils roulent sur l'oreiller impossible du temps
et c'est le temps qui les nourrit
                                    
Leurs deux noms enlacés dans la matière noire
les amants séparés ne peuvent pas dormir
priant que le temps passe
priant et suppliant
que le temps de l'amour ne passe jamais
vivant ne vivant plus
vivant l'inexorable.

 

 

 

Cesare Pavese - Rêve

Ton corps rit-il toujours sous la caresse pénétrante

de la main ou de l’air, retrouve-t-il dans l’air

d’autres corps quelques fois ? Il en resurgit tant

d’un frisson du sang, d’un néant. Le corps qui s’étendit

près de toi, te cherche lui aussi ce néant.

             

C’était un jeu léger de penser qu’un jour

resurgirait la caresse de l’air, souvenir

jaillissant tout à coup du néant. Ton corps

s’éveillerait un matin, amoureux

de sa propre ferveur, dans l’aube déserte.

un souvenir pénétrant te parcourait

et un sourire pénétrant. Cette aube revient-elle ?

             

Cette fraîche caresse se serrerait

contre ton corps dans l’air et au cœur de ton sang,

et tu saurais alors que l’instant de ferveur

dans l’aube répondrait à un autre frisson,

Frisson né du néant. Tu le saurais

comme en un jour lointain tu savais

qu’un corps s’étendant près de toi.

tu dormais légère

sous un air rieur de corps fugitifs,

amoureuse d’un néant. Le pénétrant sourire

te parcourut figeant ton regard de stupeur.

cette aube, n’est-elle plus revenue du néant ?

                 


 

 

Basho                 

L’eau est si froide

Qu’elle ne peut s’y endormir

la mouette.

                            

Les cigales vont mourir –

Mais leur cri

N’en dit rien

                           

Les sangliers eux-mêmes

Sont emportés

Par la tempête d’automne

                               

De temps en temps les nuages

Nous reposent

De tant regarder la lune

 

 

 

William Blake - Mon gentil rosier

Une fleur me fut offerte

Telle que Mai n’enfanta jamais ;

Mais je me dis : « J’ai un gentil rosier.»

Et je négligeai la douce fleur.

       

Puis j’allai voir mon gentil rosier

Pour le soigner jour et nuit ;

Mais ma rose se détourna avec jalousie

Et ses épines furent mes seules délices.

 

 

Yves Bonnefoy - Une pierre

Elle(il)désirait, sans connaître,

Elle(il)a péri, sans savoir,

Arbres, fumées,

Toutes lignes de vent et de déception

Furent son gîte,

Elle(il) n'a étreint que sa mort.

 

 

Aimé Césaire - Et elle est debout la négraille (Extrait de Cahier d'un retour au pays natal)

Et elle est debout la négraille

               

la négraille assise

inattendument debout

debout dans la cale

debout dans les cabines

debout sur le pont

debout dans le vent

debout sous le soleil

debout dans le sang

debout

et

libre

debout et non point pauvre folle dans sa liberté et

son dénuement maritimes girant en la dérive parfaite

et la voici :

plus inattendument debout

debout dans les cordages

debout à la barre

debout à la boussole

debout à la carte

debout sous les étoiles

             

debout

et

libre

          

et le navire lustral s'avancer impavide sur les eaux écroulées. 

 

 

                     - Comptine

Aimé Césaire

C'est cette mince pellicule sur le remous du vin mal déposé de la mer

c'est ce grand cabrement des chevaux de la terre

arrêtés à la dernière seconde sur un sursaut du gouffre

c'est ce sable noir qui se saboule au hoquet de l'âbime

c'est du serpent têtu ce rampement hors naufrage

cette gorgée d'astres revomie en gâteau de lucioles

cette pierre sur l'océan élochant de sa bave

une main tremblante pour oiseaux de passage

ici Soleil et Lune

font les deux roues dentées savamment engrenées

d'un Temps à nous moudre féroce

c'est ce mal être

cette fiente

ce sanglot de coraux

c'est fondant du ciel mémorable

jusqu'au leurre de nos coeurs rouges à l'aube

ce bec de proie rompant la poitrine inhospitalière

cage

et

marécage

C'est cet émouchet qui blasonne le ciel de midi de nos noirs coeurs planant

ce rapt

ce sac 

ce vrac

cette terre

 

 

Daniel Boulanger - Retouche à l'Homme

Il se fait des contes et ne peut les suivre,

la terre à sa cheville.

Alors, il redevient l’enfant inconsolable

et mains au dos

brise le jouet du temps

 

 

 

Christian Bobin - La folle allure (Extrait)

La légèreté, elle est partout, dans l’insolente fraîcheur des pluies d’été, sur les ailes d’un livre abandonné au bas d’un lit, dans la rumeur des cloches d’un monastère à l’heure des offices, une rumeur enfantine et vibrante, dans un prénom mille et mille fois murmuré comme on mâche un brin d'herbe, dans la fée d’une lumière au détour d’un virage sur les routes serpentines du Jura, dans la pauvreté tâtonnante des sonates de Schubert, dans la cérémonie de fermer  lentement les volets le soir, dans une fine touche de bleu, bleu pale, bleu-violet, sur les paupières d’un nouveau-né, dans la douceur d’ouvrir une lettre attendue, en différant une seconde l’instant de la lire, dans le bruit des châtaignes explosant au sol et dans la maladresse d’un chien glissant sur un étang gelé, j’arrête là, la légèreté , vous voyez bien, elle est partout donnée. Et si en même temps, elle est rare, d’une rareté incroyable, c’est qu’il nous manque l’art de recevoir, simplement recevoir ce qui nous est partout donné.

   

Andrée Chedid - Enigme

La vie
Secrète
L'insondable énigme
         
Le temps
Réduit
Cette aventure du souffle
A l'aune d'un sablier
         
En nos corps dissemblables
En nos visages divers
Quelle symphonie traduisons-nous
Quel récit, Quel livre ouvert
De notre chair si concrète
D'où tirons-nous lumière ?
      
Chaqun côtoie
Le fleuve des présences
Personne n'escorte
La mer.

 

 

Terre vive

Depuis hier, la poésie de "Mare Nostrum" est orpheline.

Andrée Chedid, 

l'une de ses grandes figures s'en est allée pour son dernier voyage.
Elle symbolisait l'âme du brassage des cultures en Méditerranée : née au Caire de parents libanais, elle arrivera en France à l'âge de 26 ans après un séjour de quelques années au Liban.
Romancière et poétesse de grand talent, sa vaste oeuvre littéraire s'exprimera aussi bien en français, qu'en anglais et arabe.
Relisons encore une fois l'un de ses beaux poèmes.
          
Où la mer lentement progresse,
là-bas, reposent les îles.
       
Sur l'eau accablé de ténèbres,
l'homme recueillait les promesses
d'un soleil bientôt absent.
De ce temps-là, le vent des démesures se laissait boire,
les colonnes du silence veillaient.

Au loin, la mer délaisse son noueux combat ;
Embrasse l'île envoilée. Se confie, éprise.

Là-bas,
la terre ne parle pas pour rien.

 S'acheminer

Tantôt profanes tantôt magiques

Perclus d’ombres et d’élans

Equipés pour l’ascension

Comme pour la chute

Nous cheminons

 

Nous nous acheminons.

 Sans réponse

A chaque souffle qui se perd

Dans les marais de l’âme

A chaque force qui s’étiole

Dans le vaisseau du corps

   

Je sonde l’ingénieuse vie

Gardienne de nos arcanes

Sa réponse inaudible

Multiplie nos fictions.

 

Andrée Chedid - L'intime horizon

Loin des berges stridentes

Egarer l’ancre

Rompre les amarres

          

Suivre l’appel

De l’intime horizon.

Andrée Chedid - Epreuve du visage

Qui

Se tient

Derrière le pelage du monde ?

   

Quel visage au front nu

Se détourne des rôles

    

Ses yeux inversant les images

Sa bouche éconduisant les rumeurs ?

   

Quel visage

Veillant par-delà sa vue

Nous restitue

Visage ?

     

Quel visage

Surgi du fond des nôtres

Ancré dans l’argile

S’offre à l’horizon ?

 Chant de l'amour passé

Dans l'eau des rivières mortes

Chevalier sans armure

A quoi sert de te mirer

            

Je te regarde

Il n'est plus de mystère

Au jour désenchanté

                 

Voir les jardins se referment

L'arbre renonce à ses prodiges

Le songe s'est dévoré

Toute vie

Amorça

Le mystère

Tout mystère

Se voilà

De ténèbres

Toute ténèbre

Se chargea

D’espérance

Toute espérance

Fut soumise

A la vie

 - L'Eau perpétuelle

Quand je glisse en tes yeux,

Une allée me prolonge

Loin du mortel pays

              

Amour, il fallait bien que tu sois.

                 

Au bord des rives où tout trépigne et s’efface ;

Il fallait bien que l’eau perpétuelle

Nous donne ce qui est plus que la vie.

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               Bon dimanche Frankie, je vous embrasse