A cette amie qui a choisi de me perdre ,
à toutes les graines d'amitié
d'amour en devenir,
à la tristesse le lange de la joie à venir,
aux larmes baignoire à l'advenir ,
soleil réchauffe ma peau
dans ta morsure, tendre brûlure
te cries à ta façon : "lève toi ,
la route commence malgré le poids des ans,
accomplis chaque instant ."
Je ris ma mère buvait un château de grand cru
en y le rinçant à l'eau,
Il en va du vin comme des personnes :
René Char dit l'essentiel en toute manière ,
à lui cher , chair poéte.
FFPLM
« Un poète
doit laisser des traces de son passage, non des preuves. Seules les traces font
rêver ». (La Parole
en archipel)
…..
À l’image de son auteur, qui
fut un grand résistant, on est devant une poésie qui résiste, qui se conquiert
et se gagne, comme une Terre Promise à qui veut la mériter.
Dans l’un de ses poèmes les plus connus, Le
requin et la mouette (1947), Char écrit : « Hier, le requin et la
mouette ne communiquaient pas ». Mais pour lui, la poésie a tous les
pouvoirs, même celui de permettre la communication entre le requin et la
mouette. Sa poésie a l’audace de tous les raccourcis. Elle tient de l’éclair.
Elle a la splendeur de l’étoile filante.
Une poésie pleine
d’espoir, bien que sans illusion sur les hommes. Une poésie qui désire
intensément et interpelle avec force : « À chaque effondrement des
preuves, le poète répond par une salve d’avenir » (Seuls demeurent,
1945).
pour la mimi nationale et sa secretaire Brunette
Redonnez-leur…
Redonnez-leur ce qui n’est plus présent en eux,
Ils reverront le grain de la moisson s’enfermer dans l’épi et s’agiter sur l’herbe.
Apprenez-leur, de la chute à l’essor, les douze mois de leur visage,
Ils chériront le vide de leur cœur jusqu’au désir suivant ;
Car rien ne fait naufrage ou

ne se plaît aux cendres ;
Et qui sait voir la terre aboutir à des fruits,
Point ne l’émeut l’échec quoiqu’il ait tout perdu.
In Fureur et mystère, Les loyaux adversaires, © La Pléiade, p.242
« Le
poète se remarque à la quantité de pages insignifiantes qu’il n’écrit
pas », déclare, non sans humour, René Char (À une sérénité crispée).
Avec le poème, on passe de l’existence à l’être. Et notre éventuelle
difficulté à lire cette poésie est à la mesure de la distance où nous
nous trouvons de l’être. C’est une sorte de critère : la poésie de Char
n’est opaque qu’à ce qui est opaque en nous. D’où nos difficultés, et
non son prétendu hermétisme.
Commune présence
Tu es pressé d’écrire
Comme si tu étais en retard sur la vie.
S’il en est ainsi fais cortège à tes sources.
Hâte-toi
Hâte-toi de transmettre
Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance.
Effectivement tu es en retard sur la vie
La vie inexprimable
La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t’unir.
Celle qui t’est refusée chaque jour par les êtres et par les choses
Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
Au bout de combats sans merci.
Hors d’elle tout n’est qu’agonie soumise fin grossière.
Si tu rencontres la mort durant ton labeur
Reçois-la comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride
En t’inclinant.
Si tu veux rire
Offre ta soumission
Jamais tes armes.
Tu as été créé pour des moments peu communs.
Modifie-toi, disparais sans regret
Au gré de la rigueur suave.
Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit
Sans interruption
Sans égarement.
Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union.
In Moulin premier (1936), Dans l’Atelier du poète, coll. Quarto, © Gallimard, 1996, p. 250-251
Tout
est dit en quelques mots dans ce poème : l’impatience du poète. Les
trois dimensions de sa poésie, avec sa part de rêve, de révolte et
d’engagement. Le défi en face duquel il se trouve : transmettre
l’inexprimable. Le double mouvement de destruction et de fécondité. Le
tout concernant un être d’exception, capable de rester dans l’ombre.
Par
son style profondément original, la violence et l’intensité de ses
images, René Char a rénové la poésie moderne. Unanimement reconnu, il
demeure l’un des rares auteurs à avoir été publié dans La Pléiade de son
vivant. En 1957, Albert Camus lui rendit hommage à Stockholm,
déclarant que « depuis Apollinaire, il n’y avait pas eu dans la poésie
française une révolution comparable à celle qu’a accomplie René Char. »
Sur sa tombe, à l’Isle-sur-la-Sorgue, sont gravés ses propres mots :
« Si nous habitons un éclair, il est au cœur de l’éternité ».
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trés belle journée
et demain une autre poésie
kiss mache melo kool
Frankie Mappemonde