vendredi 17 octobre 2014

instantanée de la semaine

c
Retour au bercail ,retrouver ses breloques , la bibliothèque, les tissus colorés après le blanc des chambres d’hôtels , le Rouge de Nicolas , le Violet foncé des draps de  Caroline dans la chambre bleue, la vie du minimum vous donne un esprit de fen show !
 écrire prend beaucoup de temps 

 demain l'atelier écriture et du sourire, 
j'ai affuté mes grandes oreilles et préparé des mots à mon goût pour solliciter leur appétit de dialogues.
la semaine prochaine, j'aurai dérushé mon voyage

allez voir les amis instantanés chez Armarita. et ravie de vous retrouvez dans vos pages....
Frankie Map's Monde

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La bas bleu et le bas rouge de Frankie Pain



retour à l'atelier de Paris 
écrit dans mes pérégrinations du Sud ouest.

Petite pièce de la robeuse des châteaux dans la traversée du grand fleuve.
Sud ouest France Vendée
Faits divers
Un coup de croc d’un bas rouge. Tue le fils de la Jonquière de La Ronde. Le croc ne ripe pas sur la carotide. Il s’est vidé séance tenante. Il revenait d’un salut d’un de ses spectacles privés dans sa champignonnière .L’affaire est entre les mains de la police locale.
Le commissaire
Vous savez qu’étant la propriétaire du chien, vous êtes Madame de la Jonquière de La Ronde la première des suspects.
Marguerite de la Jonquière de La Ronde
Je suis  que la robeuse du  Château Monsieur le commissaire,  par des circonstances, …., non prévue aux cahiers des charges de mon emploi, je mis au monde le petit Etienne René.
Le commissaire
Et,  maline vous vous faites épousée !
Marguerite la robeuse
Les ragots du village ne viennent pas jusqu’à votre office de Maillé Monsieur le commissaire, je m’en serai largement dispensée. Sa mère qui désespérait d’être grand mère malgré la multiplication des zombis du marais  avec la marque de fabrique de l’héritier  des Jonquière de la Ronde, c’est à dire tous , toutes : la touffe blanche de cheveux au dessus du crâne à l’endroit où s’échappe l’âme des défunts. Un matin alors que Monsieur  Norbert de  la Jonquière de La Ronde était revenu du pavillon de chasse particulièrement amoché, poché…., sa mère le réveilla dans  son premier sommeil, le pistolet sur la tempe.  Elle mit le choix au bout du barillet : « Tu épouses Marguerite la robeuse du château ou la balle partira . Quand on connaît tes frasques, le qu’en dira-t-on  ne manquera pas d’annoncer qu’un souffle de conscience t’est imposé d’ajournée l’enfer que tu fais subir à tout ce que tu regardes ou tu touches : ton suicide sera ta bénédiction pour ta mémoire et ton au-delà, cela t’évitera l’enfer. » 
La réponse fut rapide, Monsieur le Commissaire. Ma belle mère Marie Françoise avait la réputation d’une gâchette pertinente. Elle avait perdu le Nord en éduquant son fils unique venu sur le tard, comme nos oies de Noël, Monsieur le Commissaire, il fut gavé de toutes ses gâteries, hors limite.
Le commissaire
Vous devez être satisfaite de fille mère à Madame de la
Marguerite la robeuse
Pensez donc, ma crainte est plus qu’elle fasse de mon fils ce qu’elle a mis de diabolique au sien. Depuis qu’elle est grand mère, je vois Etienne René que quelques heures par jour et elle part en villégiature avec lui, sans moi. L’alliance de Monsieur feux mon époux, outre les obligations de droit de cuissage dans mon simple rôle de robeuse, il a rajouté à la liste de ses sévices des extravagances comme ce spectacle dans la champignonnière où je dus  me trémousser nue sur un bloc de glace sur lequel coule du miel. Quand je rechignai d’aller saluer, il leva la main sur moi. Le chien m’a défendu. Pour une fois, il était là Gudule. D’habitude, Monsieur l’attache à sa niche quand nous sommes ensembles.
Le commissaire
Vous avez toujours parlé aussi bien ?
Marguerite la robeuse
N’est pas robeuse au château sans une certaine éducation. Ma marraine m’a formé dans cette optique, elle fit le nécessaire  pour que je possède quelques conversations. Les essayages durent parfois très longtemps, nous nous devons de savoir écouter et répondre à bon escient : çà forme la parole. Et il y eut aussi mon apprentissage dans la Marne de tailleur pour hommes où très vite  je changeais le tissu de couture  en petite main pour recoudre les poilus.
Le commissaire
Mon respect Marguerite.
Marguerite la robeuse
Quand on a du talent au bout des doigts, sa place est pour servir la vie en premier. Et dans les blocs opératoires qui jouxtait les tranchées entre les bruits de la charge des obus et le cri des éventrés la parole circulait au dessus des champs opératoires, nous y colmations surtout au début, nos hauts le cœur. La parole nous permettait de continuer sans perdre notre dextérité qui nous étaient requises, le matériel que nous avions, était fort limité en regard  du nombre des interventions. C’est là que j’ai fini mes humanités. Il y avait de grands érudits, Maurice Genevois qui fut vite mis sur la touche avec ses blessures, j’allais à son chevet, il me prenait la main, me parlait de sa Loire : c’était notre évasion. Vous comprenez… J’ai appris sans chercher  à apprendre, les mots nés dans de telles conditions sont gravés  comme par une herse dans notre chair.
C’est aussi pour cette raison que Madame de la Jonquière de la Ronde  pensa à me donner le titre de sa bru. Son fils d’orgie en orgie noyait l’activité de ses neurones, et l’odeur  de mou d’alambic qu’il trimbalait avec lui dans toutes les pièces. Pour les réceptions, il eut fallu le faire jeuner comme les lumas (escargots) avant de pouvoir les cuisiner. A table Monsieur  était dispensé, je le représentais ainsi que son fils.
Les nuits d’insomnie entre Etienne René et Gudule, Marguerite cherchait les arguments  pour son futur interrogatoire.
Lors de l’interrogatoire Marguerite fut muette. L’avocat de la famille plaida  l’affaire. Il connaissait le Sujet Norbert par cœur, on sentait que ce n’était pas la première fois qu’il mettait les mains dans les lentilles du marais poitevin des terres  de la Jonquière de la Ronde. Il fut question d’abattre le bas rouge, son Gudule. Marguerite demanda alors de parler à l’Avocat. Elle lui dit les conditions par lesquelles  elle était tombée enceinte sous le regard de Gudule, ce chien lui avait été donné après l’armistice,  il avait eu avec son maitre la médaille de guerre. Chien des tranchées. Monsieur Norbert avait voulu la gifler au retour d’un salut. Quand Il avait pris son élan pour la gifle magistrale, le chien ne lui a pas laissé le temps de poser sa main, il avait bondi. Cette main là, l’aurait mise, Elle, sur le carreau. L’Avocat lui mit un doigt sur sa bouche et lui offrit un sourire rassurant.
L’avocat fut plus incisif, plus rapide que les boniments de ses nuits. Le jugement n’alla pas au Palais. Fataliste la conclusion. Les actes de Monsieur lui étaient revenus « dans la gueule » par l’innocence d’un chien médaillé de 14-18. Gudule put vivre sa retraite de guerre au château. Veuve, Marguerite eut droit de partir en villégiature à  Bagnières de Luchon dans la vallée du Lys dans les habitudes de la famille de la Jonquière de la Ronde, et ce temps là ,  elle ne fut plus coupée de son Etienne René.
Fin


auteure Pain. Mangou
reproduction réservée
 
Foto de frankie
dimanche avec le verdoyant chez Martine Tollet avec Kristine la chef de choeur Belge 



dimanche 5 octobre 2014

Atelier du Sourire 1 de la petite Rockette,

Foto Frankie Mikael

1
Œillets d’Indes
Au dessus des copeaux de bois
Le chant du sabotier

2
Nids de poule de la route
Le champ de riz
Forte odeur d’église
3
la charrette
Les oranges d’automne
La vieille défroisse son jupon

4
Le sirop d’érable
Sur la gaufre      chaude
Le branlement des bidons de lait

5
Œillets d’indes
Au dessus des copeaux de bois
Le chant du sabotier

Foto frankie Mickaël
6
Nids de poule de la route
Le chant de blé vert
Odeur  des roses d’Indes

foto frankie

Atelier 2 écriture de la petite Rockette , l'atelier du Sourire 1


Foto frankie
les instruments de musique       Foto frankie



1
Œillets d’Indes
Au dessus des copeaux de bois
Le chant du sabotier

2
Nids de poule de la route
Le champ de riz
Forte odeur d’église
3
la charrette
Les oranges d’automne
La vieille défroisse son jupon

4
Le sirop d’érable
Sur la gaufre      chaude
Le branlement des bidons de lait

5
Œillets d’indes
Au dessus des copeaux de bois
Le chant du sabotier

6
Nids de poule de la route
Le chant de blé vert
Odeur des roses d’Indes

Fotos frankie 

 




Foto Fathia


samedi 4 octobre 2014

L'instantanée de la semaine

Foto frankie

brassées de tendresses 
 sourires  gammes de rosée, rosées un verre de Rosé givré
et de vin jaune 

pain.mangou@yahoo.fr

lamangou@gmail.com

et vous pouvez allez voir les amies d'Armarita instantanée de la semaine

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 mes oeuvres picturales de la période



Foto frankie 



Foto frankie

mon verdoyant

Foto frankie
 
bisous mes très chères et chers

vendredi 3 octobre 2014

La Dame et les anguilles . suite et fin

pain.mangou@yahoo.fr

lamangou@gmail.com

bonne lecture chers amis blogosphère...
la parution ne figurera pas longtemps dans sont intégrité. après si vous le voulez vous passerez par le blog.






Billou
La Dame et les anguilles .
 suite et fin


6
Le Capitaine prit son  relais aux anguilles. Quand il en sortit, il  avait comme la danse de Saint Guy. Les chiens allaient de la baignoire  à la cabine de Pilar - Sébastian, leurs poils redressaient au milieu de leur échine : les sons produits d’un lieu à l’autre ne devaient  pas encore  être identifiables  en leur mémoire. Ils avaient la Trouille aux fesses. Le Capitaine douché, rasé, endimanché, au travers de leur porte de chambre dit : « mille Sabord, ce cent d’anguilles m’amènent à une autre centaine…. Je vous laisse Laïka et Billou,  la gabare est solidement amarrée, le cadre  sera de circonstance à votre réveil. Nos gourmandises pour le déjeuner  sont préparées. Dressez la table et quand vous m’apercevrez, craquez quelques allumettes sous les sarments. Je porte le pain.  Gardez vous bien du feu qui pâlit »
Sébastian : « et vous, Capitaine : battez le fer jusqu’au blanc».  Leurs rires en écho où les deux pôles s’éloignent, sont vite remplacés par les grattements des pattes de Laïka et Billou sur la porte de la cabine, accompagnés de gémissements. Pilar sent le syndrome de l’abandon chez ces deux chiens perdus-trouvés, elle en a tant entendus dans la jungle de ses nuits aux urgences. La porte s’ouvre, Billou, Laïka trouvent vite leur brassée de câlins. Rassurés ils s’enchâssent l’un dans l’autre et ronflent copieusement à couvrir presque le rire bleu de la gabarre dans sa contemplation de la lune pleine. Arrivent sporadiquement les  cris de la buse. Elle avait choisi la gabarre comme  halte depuis leur mouillage  avant Bergerac. Elle bivouaquait sur le mât aux drapeaux du Capitaine.
7
Pas loin de là, les coqs d’une basse-cour font des Battles. Leurs cocoricos s’enchainent à d’autres  à la ronde. Leurs chants racés dessinent l’espace. Se rendormir encore. Cette heure là qui ne l’aime pas ? Un autre  réveil, aux  piaillements d’enfants. Rose les tabliers des filles, bleu ceux des garçons. Toutes les têtes chaussées de casquettes jaunes au  rabat jaune sur la nuque. Ils se déplacent dans le champ de colza, au rythme de leur cueillette. Le chemin de halage est  bordé des touffes de jonquilles. Quel bouquet pantagruélique ! Et ce jaune Sol Lewitt à l’infini.     « Le Capitaine - pense tout haut Pilar-  a  soigné  l’amarre. Il ignorait la venue des enfants de l’orphelinat. Pilar voit le   plan qu’aurait pu faire  Fellini.  Il composait ses séquences  comme un tableau et dans tout film de Federico, il  ne manquait pas d’évoquer orphelins ou  un orphelinat ».    La buse avait ouvert son entreprise aux rats des champs. Entre les rougeoiements des  iris, elle guettait aussi les poussins des poules d’eau. Le héron au bec claquetant, impatient dodeline dans la vase de la berge. Il taquine la buse avec ses prises régulières de gardons et de tanches. Le martin pêcheur au  rire sceptique   se tâte : « est-ce bien l’heure déjà de pêcher ?».    Pilar est émue par l’offrande matinale de la nature. Sébastian dans un élan de tendresse virile l’enveloppe contre son corps dans ses bras. Contemplation. Puis,  il chuchote à l’oreille de Pilar : « sur le sein de cette paix règne la grâce de l’innocence alors que chacun cherche sa proie. » Bêlements et biquetteries rejoignent  la fanfare des rives.    « Quel réveil mon ami ! Suis-je Femme ou Ondine ? » Sébastian : « Femme c’est déjà diablement (pause) incommensurable. Il s’adresse aux chiens qui les collent aux talons : «  hum,  hein Laïka, hum batard Billou ! ». Ils  battent le plancher de la gabarre avec leur queue en rythme : « ouah, ouah, ouaf ! »
8
« Me Amor,  la faim piétine mon estomac.    Que notre Capitaine arrive.     Ne vois-tu rien venir ? ». Le grand échalas trapézoïde taillé comme Burt Lancaster dans « The swimmer » pédale. A l’avant du vélo : des paquets d’agapes certainement,  sur son sillage, dans la poussière de la sente de terre et de pierres : une cavalière sur  un superbe destrier blanc tacheté de gris. Sourires complices de Sébastian et de Pilar. Sur la table ronde d’acajou vernis à la proue de l’embarcation,  ils  dressent  la table. Ça swingue : porcelaines, cristal, métal , argent. Crépitement de sarments, éclates de pommes de pin. Le cuivre, les bronzes des cloches des églises du canton. Sans omettre la chorale : mésanges, bergeronnettes citronnées, ragondins. Hennissement d’Orion dans la prairie, répons de la voix orgue de cristal de la cavalière. Soudain le gong vibre Capitaine prononce le  mot magique : « à table ». Les papilles gustatives sont au garde à vous. Le couvercle des plats s’éclipsent. Poulet de grain aux anguilles grillées  sur un lit de pleurotes des prés, patates sautées  à l’ail et persil. Salade de cresson et de pissenlits, échalotes. Le vin glougloute, rougit le verre. Le partage. « Exulta té, jouabilité ».
Fin
Auteure Pain.Mangou 
reproduction réservée

 Là vous avez les oreilles du billou du récit
le corps et plus celui de la première image.


Billou

 gros bisous et à demain pour l'instantanée




jeudi 2 octobre 2014

la dame et ses anguilles . première partie



Après un an bien tapé de "dormissement" dans un fût en chêne voici secoué de correction un texte que vous reconnaitrez vous fûtes nombreux à le  lire. Savourez le à nouveau ,et, surtout ne vous privez pas de vos commentaires : toujours utiles à la plume volage de maîtresse, je suis sa petite chienne Leica .Une shiba inu pour les connaisseuses de la blogosphére.

 Leïca
 

La Dame et ses anguilles 
Samuel Beckett « Nous dérivions parmi les roseaux
 et la barque s'est coincée.
 Comme ils se pliaient, avec un soupir, 
devant la proue !        (Pause)
 Je me suis coulé sur elle,
 mon visage dans ses seins et ma main sur elle.
 Nous restions là, couchés, sans remuer.
 Mais, sous nous, tout remuait, doucement, 
de haut en bas, et d'un côté à l'autre.    Pause... »
1
Dans la Gabarre, ils avaient  descendu  le cours de la Dordogne. Ils n’étaient qu’effluves de silence. Ils avaient largué le surplus de leurs anciens conforts. Le sentiment de sécurité pouvait voir venir. Vivre simple,  adaptés à la  phrase du jour. « Éteins la lumière, pas tes songes ».Sébastian n’était pas relié à son Smartphone. Pilar avait le vieux portable : pour les appels élémentaires. Ils étaient dans le tourbillon d’un décalage horaire permanent. Les lignes de pêche étaient leur manière de sonder le temps. Le temps du grignotage de leurs appâts, le temps du bouchon rouge flottant, et par alternance  gobé par la rivière.
2
Pilar avait confectionné l’épuisette à anguilles. Elle avait cousu au creux du parapluie de golfe  - en son centre  quand il est ouvert- une manche d’un  costume râpé de Sébastian pour le  réservoir à anguilles. Le Capitaine de la gabare s’était arrêté prés d’une terre fraichement labourée pour la récolte des vers de terre  pour la future pelote  à vermée*1.
C’était une saison bénie pour leur pêche : les anguilles  remontaient la rivière pour pondre. Elles allaient être dodues, charnues. Pilar s’imaginait prendre un bain avec elles. Bâillonnées quand même.  Un bain avec elles, être chaloupée dans leur « gluance ». Se griser de leur ondulation. S’effrayer peut-être?
Pilar, son désir aussi, était d’offrir ce bain, ces sensations là à son  quinquagénaire Sébastian. Pure spéculation, Pilar n’avait fait  que se l’imaginer.
*1  la pelote à vermée : faites avec des vers de terre enfilés  en pelote
sans hameçon utilisée pour la pêche  aux anguilles en rivière  dans les  Charente et en Vendée.

3 
Pas besoin de réveil. A l’heure où l’aube fut entre leurs doigts, habillée de sa robe de froid et de brumes, Pilar ramassée dans son pagne terre de Sienne, avec un  tablier de chanvre pastel bleu, elle installa son gourbis sur une déserte sur le pont. Elle attela son aiguille à coudre la laine avec un très grand morceau de coton de cuisine, et, elle enfila les vers  de la veille. Sébastian ne voulait rien perdre de la frénésie habitant  son amie. Il  se fit donner une « aiguillée de faignante »,   copia non sans grincer des dents, l’enfilage des vers. Il comprit pourquoi il avait choisi Sciences Politique plutôt que  la Médecine. Du vivant, de la  grouille plein les doigts,- ba ba ba ba-. Maladroit, il n’avait jamais touché aux travaux de couture. Le jour se levait, les « anguillées » s’alourdissaient, les branchages faisaient ombres sur leurs tempes. De temps en temps Sébastian hoquetait, soufflait,  regardait avec grimace son énergumène de femme. Elle lui était jusqu’aux anguilles,  sa saison des rires et celles des herbes en mai sous une bonne brise. Un bon archange avait réussi à rejoindre ces deux êtres, lui et sa Pilar nationale. Une  rencontre improbable. Le destin part de loin parfois  pour atteindre son but !
Jamais, il n’avait imaginé une prise de retraite avec la Reine de l’invention permanente. Il s’accrochait comme un fou aux  chants des oiseaux pour ne pas tourner de l’œil. Ce voyage de leurs trois ans en chœur de l’autre, les anguilles marquaient quelle ponctuation ?  Les bruissements de Pilar, immergée dans la confection de sa pelote à vermée étaient loin de ses questions métaphysiques. C’était  une promesse mystérieuse à vivre, Pilar n’avait aucun doute sur son dénouement.
4
Finis les travaux d’aiguilles.  Pilar installa alors, à chaque canne à pêche une pelote de vermée. Les anguilles  allaient mordre dedans, et, quand le bouchon  s’enfoncerait dans la Dordogne, ils  lèveront doucement,  secoueront leur prise au dessus du parapluie de golfe écossais, et, l’anguille glissera sur le bord du parapluie flottant sur la rivière, elle atterrira immanquablement dans la manche du costume.
Elles attendront, là, la fin de la pêche. Cette veille tradition du Sud Ouest ! Sébastian l’interrompait : « je te donne une alouette, un pic vert, une pie jacasse aie le goût de l’oubli sur tes écueils. Ils t’ont créée si imprévisible qu’après les avoir caressés dans le sens des poils, pour les remercier, je leur dis  de foutre le camp et de ne jamais venir roder à tes alentours." 
Les chiens du capitaine ponctuaient les fins de phrases par de brillants jappements en accord. Ces chiens, les  voir c’est entendre un poème d’Yves Bonnefoy. Devant la boulangerie quand le Capitaine arrêtait la Gabarre pour chercher le pain au village. Les deux chiens, les pattes  de devant sur la barre du vélo ne le quittaient pas des yeux. La petite Laïka est une shiba inu, le mâle a une robe de chien loup une échine de labrador, une oreille de  labrador, l’autre de chien loup. C’est Billou : ce mach-mélo  douceur-tendresse.
5
La pêche à la vermée donna une  lessiveuse d’anguilles.  Avec la dextérité de Pilar ancienne urgentiste, il lui fut aisé sans les blesser de les bâillonner pour le bain du vivant velours  qu’elle s’était toujours fantasmée. Enfin, plus exactement elle l’avait refusé à un de ses ex-hommes, il s’était obstiné à lui donner un bain avec une lamproie. Non. Saperlipopette. Elle s’était dit qu’un jour elle s’en donnerait les moyens, elle le vivrait seule, sans regard, la perception des sens : impartageable.
Pilar avait fait installer par le Capitaine, la baignoire sur le pont avant. Elle se donna le bain en premier. Sébastian  la remplaça.  Le Capitaine voulut être de l’événement, il relaya donc Sébastian. Des rires d’une variation prosodique étonnante remplissaient l’étrave et la proue  de la Gabare.
Quand Sébastian  en sortit, il rejoignit Pilar dans le hamac, sur le pont arrière, , il  n’eut en bouche que cette phrase : « tu me burines aux embruns d’émotion, ma  Fleur de sel, mon baptistaire, ma couronne d’épine, ma crête de coq est cramoisi de cette foudre  « gorgonienne »*1, de ses sensations « al dente ». Gare à tes  abattis ou coure  très vite, danser dans le ventre de ta mère, pause, tu vas voir ma réplique, »           Il l’empoigna sa longue tignasse roux vénitien et l’emporta « presto » dans leur cabine.
*1 « gorgonienne » : de la gorgone méduse, mot composé avec l’image  du tableau de Caravage.
Homère parle des Gorgones monstres marins…
auteure
Pain. Mangou
Reproduction réservée

 



l'amoureux de Laïka et de Leica

suite demain